HEBDOMADAIRE DINFORMATION ET DE CRITIQUE

Numéro 12

TROISIÈME SAISON 1924 - 1925

22 JANVIER 1925

B D LÉOPOLD II, 271, BRUXELLES

CHÈQUES POSTAUX

V. BOURGEOIS 108,01 S Téléphone :685,67 b

p. BOURGEOIS» V. BOURGEOIS, P. FLOüQUET , K. MAES, G. MONIER.

à la Lanterne Sourde

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Aujourdhui, 22 janvier B à 8 h. 30

« Vers vous tous, au nom de VAmérique,

Jélève haut et perpendiculairement le bras, je fais

le signal,

Qui doit après moi demeurer à jamais en vue. Pour toutes les demeures et retraites des hommes.

Tel est le Salut au Monde que lança Walt Withman dans le XIX e siècle indifférent. Ainsi limportance morale de son œuvre paraît égaler son étonnante originalité littéraire. A ce double titre, nétait-il pas nécessaire que sa personnalité fut évoquée devant lélite bruxelloise?

Que François Crucy soit qualifié pour analy­ser le héros américain du prémodernisme, et Ma­deleine Renaud pour en lire des extraits caractéris­tiques, nul nen doutera. Des cartes peuvent être obtenues au prix de 2 francs, à lentrée de la Salle Nouvelle, ii, rue Ernest Allard (près du Grand-Sablon).

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UN LIVRE DE G. VAN TONGERLOO :

LArt et son Avenir

(Ed. « De Sikkel », Anvers.)

Dabord...

Une flèche pour « Sélection » qui nous signala lexistence du livre tout en lui consacrant une cri­tique qui reproche à Van Tongerloo de connaître les propriétés de la plastique... Mais pour certains lidéal nest-il pas de confondre ignorance (parfois géniale) et naïveté (idem) avec Art? Ce qui dé­montre : toute œuvre ne répondant pas à ce cri­tère nest pas. une œuvre dart pourvue du pouvoir démotion.

« Lart et son avenir » de Van Tongerloo.

But : Démonstration que toute œuvre voulant atteindre le style doit tendre vers lunité et former unité avec les autres productions artistiques.

Raison : Lunité existe dans la nature tout suit le même rythme. Pourquoi lunité nexisterait- elle pas dans lœuvre esthétique qui est une pro­duction abstraite de lhomme pour nous révéler cette unité? (Exemple : Roger Van der Weyden.)

Moyens : Lunité dune œuvre dart est for­mée des deux moyens avec lesquels lhomme fait lexpérience de cette unité. Deux moyens, dont lun est spirituel et philosophique : la spéculation; lautre matériel, pratique et scientifique : lem­pirisme.

Lensemble équilibré de ces deux moyens donne lunité esthétique. Lauteur insiste cependant sur ce point quil ne faut pas confondre cette unité avec ses moyens :

« Des points (forme abstraite) créent une ligne, des lignes créent un plan, des plans un volume. Avec ces moyens créez donc quelque chose dont les rapports soient équilibrés et vous aurez fait une ceuvre esthétique .

Usez mathématiquement de ces moyens et vous aurez fait an travail de science.

Faites une image de ces moyens et vous aurez fait de la philosophie.

Cest clair.

La plastique pure ne confond pas la mathéma­tique cérébrale avec lart qui est émotion supé­rieure de la beauté. Mais elle confond encore moins lart avec la nature, comme le faisait la plastique de jadis qui était conçue selon la nature. (Hérésie : la nature na pas de plastique tout comme la plas­tique na pas de nature puisquelle émane de les­prit.) Aussi la beauté plastique ne peut-elle être conçue ni jugée selon la beauté de la nature.

Preuve : Lanalyse de deux oeuvres de Roger Van der Weyden.

Critique : G. Van Tongerloo a une fâcheuse tendance à se répéter. Pour mieux sexpliquer, il sembrouille, devient obscur : ce qui entraîne éga­lement une définition arbitraire des chapitres puis­quon retrouve avec dautres termes dans un cha­pitre ce que lon vient de lire dans le précédent.

Au chapitre I : lEvolution de lArt Sculptural, se trouve une revue très discutable des tendances artistiques, lauteur y faisant une distinction entre Luminisme et Impressionnisme pour confondre en une même tendance ImpressionnismeExpres­sionnisme. Le Luminisme nest-ce pas le moyen matériel de lImpressionnisme, tandis que lEx­pressionnisme en est la réaction logique?

Une grave erreur au chapitre III : Van Tonger­loo fait étalage de sa science des vibrations colo­rées et, comme cette science nest pas approfondie positivement, il reste superficiel pour les artistes qui voudraient sinstruire et rébarbatif pour le profane.

Suggestion : Un homme de science (spécialiste en esthétique expérimentale) et un artiste sincère­ment moderniste ne pourraient-ils pas sassocier, conjugser leur savoir, pour oC ;b~*dGnner un livre définitif sur lart plastique?

Ce livre essentiel manque.

Le temps des anticipations enthousiastes est révolu tout comme la période des recherches indi­viduelles; le grand mouvement de synthèse esthé­tique doit naître bientôt, le plus tôt possible, car lavenir de lart en dépend. La démonstration est faite que lart nest pas une fantaisie mais bien une science, la science du beau, lesthétique.

Il ne faut plus que la formuler clairement selon les moyens que nous donne lunité esthétique qui sont la spéculation et lempirisme.

A quand la première édition définitive et com­plète de la Synthèse Esthétique : « LArt et son Avenir »? MARC-EEMANS.

M. Odilon-Jean Périer parle

ex-cathedra

ou un aristocrate en gros sabots

A propos de Poètes Belges desprit nouveau. Anthologie delà Lan­terne Sourde ,, aux Editions Gau­loises. (7 francs lexemplaire.)

Nous avons toujours, dans ce journal et ail­leurs, indiqué combien complexe nous apparaissait le phénomène de la poésie. Réfléchissant les plus profonds enseignements de lexpérierice sentimen­tale, la vie lyrique supporte mal des opinions dog­matiques :

« Un tel est poète; tel autre, non . »

Et cest tout. Jai dit, affirme le critique.

Sans doute, les nécessités de la propagande artis­tique commandent-elles des idées simplifiées et même des partis-pris. Cest la loi du combat. Du journalisme aussi. Mais il paraît excessif de re­noncer pour les besoins de la polémique à tout esprit de finesse. Quel littérateur déjà sorti de lathénée oserait dénier toute'valeur poétique, voire même tout mérite à des poètes animés dune méthode différente?

M. Odilon-Jean Périer. Dans le numéro de juillet 1924 de la Bataille littéraire, qui vient de paraître. Ayant reçu des dieux le secret de lallure poétique, M. Odilon-Jean Périer organise le monopole : quiconque cherche en dehors de cette formule quitte la poésie.

Je vais tenter de reconstituer lidéal dOdilon- Jean Périer en nusant que de ses propres déclara­tions. Tous les exemples, je les extrais de lAntho­logie qui motive larticle de mon confrère.

M. Odilon-Jean Périer déclare : « Je parle sérieusement ». Mes lecteurs se rendront compte, immédiatement, de la nécessité de cet avertisse­ment.

« M. Ver boom est un poète... mais desprit nouveau? Dans ce cas... Conrardy? Nothomb? et Giraud . »

Or, à M. Herman Grégoire, Périer napplique pas la même réserve. En effet, Verboom écrit :

« Symétrie, angles vifs et cadence et carrure des traits dans l'air nocturne... » tandis quHerman Grégoire innove ;

« Sous la lampe attentive jadis tu je poursuis ton étude et la nuit recueilli » Voilà, daprès O.-J. Périer, un poète quanime le don rare du chant.

« Des poètes parlent.

Dautres chantent : LEON KOTCHNITZKI, VINGTERNIER, MELOT DU DY, HERMAN GREGOIRE. »

Permettez-moi de vous citer encore deux exem­ples de cette poésie qui a du ton, de lallure, se développant sur un plan bien distant de la prose. « Tous les matins vous sortez à neuf heures, Comme quelquun qui sait bien ce quil veut :

Votre destin vous dirige sans faute ---

Vers le succès dun labeur comme il faut. »

(Mélot Du Dy. )

« Il y a des gens qui ne rêvent que de mines de

[charbon,

dautres voudraient écrire un immortel chef-

[dœuvre,

dautres devenir lamant de Diana Karenfie.

Je connais un vieil Américain qui se meurt lente-

[ment de chagrin

pour navoir pu acquérir une tabatière obscène ayant appartenu au Maréchal de Saxe. »

Léon Kochnitzky. A ces artistes qui écrivent la bonhomie, la nota­tion banale (poètes non point qui parlent mais qui chantent, insiste le critique), Périer oppose les écrivains plats jamais poètes puisque privés de tout souffle lyrique.

Georges Linze, par exemple :

« LA FORCE qui est en toi ta dévêtue.

Tu es dans la ville

comme une vie humaine dans la vie dun bois.» Et, évidemment, moi-même :

« Avez-vous déjà pénétré avec passion et respect, lair?

Moi jadorai lair

comme un aristocrate inventeur... »

Que mes lecteurs comparent les citations ; ici, grossièreté, sublime,

« De quoi sinspirent les poètes belges? La plupart sont des philosophes, moralistes (LEON CHENOY) ou métaphysiciens (GOEMANS).»

Brillante, une telle opinion. Les lecteurs de la Bataille littéraire sétonnent, sans doute, de la maîtrise de cette critique synthétique. Ceux de Chenoy et Goemans certainement en tous cas. Et ces derniers?

A quoi bon continuer?

Dois-je indiquer avec netteté que je nentends condamner ni déprécier même les poètes que jai brièvement cités? Linspiration ne consent-elle par­fois au fléchissement préparateur du saut? Je veux simplement établir mènent les méthodes primaires dO.-J. Périer. Et faire une remarque ; alors que la critique dite moderniste a lintelli­gence de ne pas enlever toute qualité aux artistes plus ou moins traditionnalistes, O.-J. v Périer et ses partenaires adoptent à légard des poètes par­fois appelés de gauche, la plus sèche intransigean­ce. Cette double attitude est significative. A lélite den dégager la conclusion. Pierre BOURGEOIS.