12 Histoire de Gil Blas de bénédittions que je donnai de coups de pieds dans les flancs de ma mule, pour m’éloigner promptement de lui : mais la maudite bête trompant mon impatience, n’en alla pas plus vite : la longue habitude qu’elle avoit de marcher pas à pas fous mon oncle, lui avoit fait perdre l’ufage du galop.
Je ne tirai pas de cette aventure un augure trop favorable pour mon voyage. Je me re- préfentai que je n’étois pas encore à Salamanque, & que je pourrois bien faire une plus mauvaife rencontre. Mon oncle me parut très-imprudent, de ne m’avoir pas mis entre les mains d’un muletier. C’étoit fans doute ce qu’il auroit dû faire; mais il avoit fongé qu’en me donnant fa mule, mon voyage me couteroit moins ; & il avoit plus penfé à cela, qu’aux périls que je pouvois courir en chemin. Ainfi, pour réparer fa faute, je réfolus, fl j’avois le bbnheur d’arriver à Pennaflor, d’y vendre ma mule, & de prendre la voie du muletier pour aller à Aflorga, d’où je me ren- drois à Salamanque par la même voiture, Quoique je ne fulle jamais forti d’Qviédo, je n’ignorois pas le nom des villes par où je de- vois pafîer : je m’en étois fait inilruire avant mon départ.
J’arrivai heureufement à Pennaflor, je m’arrêtai à la porte d’une hôtellerie d’afîez bonne apparence. Je n’eus pas mis pied à terre, que l’hôte vint me recevoir fort civilement. Il détacha lui-même ma valife, la chargea fur fos épaules, & me conduilit à une chambre,
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