93

à elle, je saurai bien te défendre. Il métendra plutôt mort sur la place que de te faire aucun mal.«

«Cher enfant, ne crains rien, dit Geneviève avec ten­dresse. Regarde-le et viens lui baiser la main. 11 ne te fera aucun mal ; car cest ce bon père dont je tai tant parlé. Vois, ses larmes coulent sur nos misères. Dieu la envoyé pour y mettre un terme, et pour nous tirer de cet affreux désert.»

Lenfant, sétant retourné, leva les yeux vers Sige- froi. Cétait la vivante image du comte. Il avait ses cheveux noirs bouclés avec grâce, son front noble et élevé, ses grands yeux pleins de feu, son beau nez aqui- lin, et sa bouche charmante. Les larmes de Sigefroi coulèrent avec plus dabondance à la vue de cet aima­ble enfant, dont le vêtement annonçait les misères. Il le prit dans ses bras, le couvrit de baisers, et long­temps il ne put proférer que ces paroles: »0 mon fils! ô mon fils!» Puis, ému jusquau fond de lame, il leva les yeux vers le ciel, entoura de son autre bras la tendre Geneviève, et sécria dune voix entrecoupée de sanglots: »0 mon Dieu! cest trop de félicité à la fois pour mon coeur qui naguère était dévoré des plus cuisants regrets ! Le jour que je nosais espérer vient de luire pour moi; je tiens dans mes bras le fils chéri que je vois pour la première fois, et lépouse bien- aimée qui mest, pour ainsi dire, rendue du séjour des morts.»

Geneviève joignit fortement les mains, et dit, en élevant vers le ciel ses regards brillait la piété la plus ardente et la plus pure : «Mon Dieu, prodigue de