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CHAPITRE VI.

Bonheur inespéré.

La nourrice du pauvre enfant cheminait sans in­quiétude avec son mari, en faisant toute sorte de pro­jets sur lemploi de la grosse somme dargent que Gérard leur avait promise. Ces gens- ressemblaient à tous les misérables qui végètent en ce monde, sans coeur ni conscience, vivant au jour le jour de priva­tions, tant quils ne peuvent mieux faire, et se livrant ensuite à tous les excès, quand un peu de bien-être leur arrive par hasard.

Gérard, qui avait pris les devants et qui les atten­dait dans un petit village à quelques lieues de distance du château, ressentait une joie maligne du succès qui avait couronné son plan maudit; il croyait ne pouvoir plus douter que sa proie ne fût en sa puissance. Mais celui qui voit den haut toutes les pensées de lhomme coupable, déjoue souvent ses calculs par son admirable providence.

Il existait dans la ville de Saint-Malo, long-temps avant lépoque sest passée cette histoire, un mo­nastère habité par de saints religieux, dont le supé­rieur, labbé Bertrand, était célèbre dans toute la con­trée par son grand savoir, par la piété de ses moeurs, et son âge vénérable.

Un soir quil venait de se retirer, pour goûter dans sa cellule quelques heures dun repos quil se refusait souvent par austérité, il vit en songe un ange du Sei­gneur et il entendit ces paroles : Lève-toi, serviteur