_ 2 _
■Nous ne croyons pouvoir mieux faire que d’extraire des Mémoires de Charles Perrault, l’aimable conteur, le récit des principaux faits de sa vie.
« Je suis né le douzième de janvier 1028. Ma mère se donna la peine de m’apprendre à lire; après quoi, on m'envoya au collège de béarnais ', à l’âge de huit ans et demi. J’y ai fait toutes mes études, ainsi que tous mes frères. Mon père prenait la peine de me faire répéter mes leçons, les soirs, après souper, et m’obligeait à lui dire en latin la substance de ces leçons. J’ai toujours été des premiers dans mes classes, hors dans les plus basses, parce que je fus mis en sixième que je ne savais pas encore bien lire. J’aimais mieux faire des vers que de la prose, et les faisais quelquefois si bons, que mes régents me demandaient souvent qui me les avait faits.
« Je réussis particulièrement en philosophie; je prenais tant de plaisir à disputer* en classe, que j’aimais autant les jours que l’on y allait que les jours de congé. Comme j’étais le plus jeune et un desplus forts de la classe, le régent avait grande envie que je soutinsse une thèse, à la fin des deux années; mais mon père et ma mère ne le trouvèrent pas à propos, à cause de la dépense où engage cette cérémonie. Il en eut tant de chagrin, qu'il me fit taire lorsque je voulus disputer contre ceux qui de-
• • • • r
* Ainsi nomme parce qu'il était situé rue Saint-Jean-de-Beauvais.
* Disputer, c’est-à-dire soutenir ou réfuter des propositions.

