qu’elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu; mais elle n’en pouvait venir à bout, tant elle était émue.
Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l’essuya deux ou trois fois; mais le sang ne s’en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sable et avec du grès, il y demeura toujours du sang, car la clef était fée l , et il n’y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre...
La Barbe-Bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu’il avait reçu des lettres en chemin, qui lui avaient appris que l’affaire pour laquelle il était parti venait d’être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu’elle put pour lui témoigner qu’elle était ravie de son prompt retour.
Le lendemain, il lui demanda les clefs; et elle les lui donna, mais d’une main si tremblante,
1 C’est-à-dire que la clef était un ouvrage de féerie. Elle était enchantée sans doute.

