IUQUET A LA HOUPPE. «9
tout autre quelle n’était auparavant : elle se trouva une facilité incroyable à dire tout ce qui lui plaisait, et à le dire d’une manière fine, aisée et naturelle. Elle commença, dès ce moment, une conversation galante et soutenue avec Riquet à la Houppe, où elle babilla d’une telle force, que Riquet à la Houppe crut lui avoir donné plus d’esprit qu’il ne s’en était réservé pour lui-même.
Quand elle fut retournée au palais, toute la cour ne savait que penser d’un changement si subit et si extraordinaire; car autant on lui avait ouï dire d’impertinences auparavant, autant lui entendait-on dire de choses bien sensées et infiniment spirituelles. Toute la cour en eut une joie qui ne se peut imaginer; il n’y eut que sa cadette qui n’en fut pas bien aise, parce que, n’ayant plus sur son aînée l’avantage de l’esprit, elle ne paraissait plus auprès d’elle qu’une guenon fort désagréable.
Le roi se conduisait par ses avis; il allait même quelquefois tenir conseil dans son appartement. Le bruit de ce changement s’étant répandu, tous les jeunes princes des royaumes voisins firent leurs efforts pour s’en faire aimer, et presque tous la demandèrent en mariage; mais elle n’en trouvait point qui eût assez d’esprit, et elle les écoutait tous, sans . s’engager à pas un d’eux. Cependant il en vint un si puissant, si riche, si spirituel et si bien fait, qu’elle ne put s’empêcher d’avoir de la bonne vo-

