— 126 —
92. — Le Charlatan.
Un voyageur arriva très-bien mis un dimanche vers le soir dans l'auberge d’un gros village, où il se fit servir un bon dîner et une bouteille du meilleur vin. Mais à peine eut-il porté le premier morceau à sa bouche, qu’il se prit à gémir, à pousser des cris plaintifs, et à tenir un mouchoir contre sa bouche, se disant tourmenté depuis quinze jours d’un horrible mal de dents. Tous les paysans qui étaient là lui témoignèrent une vive compassion.
Quelques moments après, un charlatan entra, s’assit dans un autre coin, et demanda un petit verre d’eau-de-vie. Dès qu’il eut appris l’indisposition de l’étranger, il s’écria : « Attendez, je suis en état de vous soulager sur-le-champ. » A ces mots, il lira de sa cassette un petit paquet de poudre renfermée dans un papier de couleur arti-tement ployé, le développa et dit : « Monsieur , vous n’avez qu’à mouiller le bout du doigt, ensuite trempez-le dans cette poudre blanche, et appliquez-le sur la dent malade. » L’étrarger, ayant fait ce qui était prescrit, s’écria aussitôt: «Dieu! quel soulagement j’éprouve ! toute douleur s’est évanouie comme par

