«4 Histoire «!> Gil Bus de l'envoyer chercher : il y alla fur le champ lui-même avec empreflement.
Il revint bientôt accompagné de Ion homme, qu’il me préfenta, & dont il loua fort la probité. Nous entrâmes tous trois dans la cour, où l’on amena ftia mule. On la fit palier & repafîer devant le maquignon, qui fe mit à l’examiner depuis les pieds iufqu’à la tête. Il ne manqua pas d’en dire beaucoup de mal. J’avoue qu’on n’en pouvoit dire beaucoup de bien; mais quand ç’auroit été la mule du pape, il y auroit trouvé à redire. Il alïuroit donc qu'elle avoit tous les défauts du monde; & pour me le mieux perfuader, il en attelloit l’hôte, qui fans doute avoit fes raifons pour en convenir. Hé bien, me dit froidement le maquignon, combien prétendez-vous vendre ce •vilain animal-la? Après l’éloge qu’il en. avoit fait, & l’atteftation du feigneur Corcuélo, que je croyois homme fincère & bon connoif- leur, j’aurois donné ma mule pour rien; c’eft pourquoi je dis au marchand, que je m’en rapportais à fa bonne-foi; qu’il n’avoit qu’à pri- fer la bête en confcience, & que je m’en tiendrais à la p ri fée. Alors faifant l’homme d’honneur, il me répondit qu’en intéreffant fa confcience, je le prenois par fon foible. Ce n’ctoit pas effeÜivcment par fon fort ; car au lieu de faire monter l’eftimation à dix ou douze piftoles, comme mon oncle, il n’eut pas honte de la fixer à trois ducats, que e reçus avec autant de joie que fi j’eafle gagné à ce marché-là.
Aprè*

