6

était pieuse, aimante, douce, modeste, laborieuse. Assise aux pieds de sa mère qui filait, suivant lusage de ce temps-, Geneviève aussi faisait tour­ner son petit fuseau avec une étonnante dextérité. Ses questions ingénieuses, ses réponses justes et spirituelles, frappaient détonnement la duchesse, qui prenait plaisir à linstruire en causant et en tra­vaillant. Geneviève se rendait régulièrement à léglise avec ses parents. Prosternée devant lautel, entre son père et sa mère, vêtue de blanc, et ses longs cheveux flottant en boucles dorées sur ses épaules, elle avait lair dun ange, lorsquelle élevait ses beaux yeux bleus vers le ciel, pour les baisser ensuite avec une profonde dévotion. Mais cest dans la cabane du pauvre surtout, cest au chevet du lit des malades, quelle était vraiment un ange tuté­laire et consolateur. Elle distribuait aux indigents des vêtements quelle avait faits elle même; elle donnait aux malheureux largent quelle avait reçu de son père pour sa toilette. Au point du jour, ou à la faveur du crépuscule du soir, elle se glis­sait dans les chaumières il y avait quelquun de soulfrant, et lui apportait, dans un petit panier, des mets restaurants ou dexcellents fruits dont elle sétait privée elle-même. Ainsi sécoulèrent ses pre­mières années; ainsi se passa son adolescence. Tou­tes les mères la citaient en exemple à leurs enfants.

Un jeune chevalier, le comte Sigefroi, qui joignait à la noblesse de la figure celle des sentiments, ayant sauvé la vie dans une bataille au duc de Bra-