72

fraîche, en disant: »Chère maman, nas-tu pas soif? tu as si chaud, et tes lèvres sont si desséchées!» Tantôt il lui apportait du lait tiède. »Bois, ma chère maman, disait-il, ce lait est délicieux, et je viens de le traire à linstant.» Ensuite, il se jetait à son cou, et disait en sanglotant: »0 maman! ma chère maman! que ne puis-je être malade à ta place! que ne puis- je mourir pour toi! «

Un matin, elle avait goûté pendant quelques heures un sommeil doux et bienfaisant; à son réveil, elle se trouva moins faible et beaucoup plus calme. En dor­mant, elle avait laissé tomber la petite croix quelle tenait toujours à la main; elle chercha, et Bénoni la lui rendit, car il vit aussitôt ce quelle désirait. »Mais, chère maman, lui dit-il, que fais-tu de ce petit mor­ceau de bois que tu tiens toujours à la main? »

»Cher enfant, lui répondit-elle, si je neusse cru vivre plus long-temps, je taurais déjà dévoilé ce mys­tère. Je vois quune bonne oeuvre ne doit jamais être ajournée. Tu sais que le père céleste possède un fils, en tout semblable à lui. Je naurais pu le détailler encore tout ce que ce fils a fait pour nous; il y a bien des choses que tu naurais pas comprises, daprès la profonde solitude tu as vécu jusquici. Tu sais maintenant que la terre est peuplée dun grand nom­bre dhommes, dont je tai fait connaître les moeurs et le caractère. Je tai appris ce que cest que mourir, et tu le vois en partie chez ta pauvre mère: je vais tâcher de rendre intelligible pour toi ce quil y a de plus essentiel dans lhistoire du fils de Dieu ; tu con-