96
la fille d’un duc qui s’est vue réduite à cet excès de misères! elle qui, élevée dans la pourpre, goûtait des mets les plus exquis dans des vases d’or et d’argent ! Coeur tendre et fidèle, et tu peux aimer l’auteur de tant de maux! «
Geneviève se hâta de l’interrompre, et dit en souriant avec la sérénité d’un ange: «Cher époux, qu’il ne soit plus question de cela! J’ai trouvé dans ce désert des jouissances bien douces pour mon coeur. Tu sais par ta propre expérience que le bonheur n’habite pas toujours les palais. N’y pensons plus, mon bien-aimé! Regarde ton fils; vois ses joues de rose, son air de santé et de vie. Une nourriture simple, un exercice continuel, l’ont rendu sain et vigoureux. Dans ton château, nous l’aurions élevé peut-être avec trop de délicatesse, et nous n’aurions fait que lui préparer des souffrances.»
Elle se mit alors à lui raconter comment Dieu avait soutenu miraculeusement sa vie et celle de son fils, depuis la première apparition de la biche, jusqu’au moment où, poursuivi par le comte, ce bon animal était venu se réfugier dans la caverne. Le comte était tout oreille; quand elle eut terminé son récit, il s’écria: «La Providence est admirable dans ses voies; ses moyens, pour sauver les siens, sont infinis. Ne l’oublie jamais, mon cher fils; tu n’étais qu’un faible enfant, repoussé par ton père; tu étais au moment de mourir de faim avec ta pauvre mère, qui ne pouvait te donner aucun secours, quand Dieu se servit de cet animal pour vous conserver l’un et l’autre. Ta mère

