SUISSE. 3
il avait l’ordre de prendre bravement la fuite, et, à tout hasard, de sc réfugier à Falken-IIorst.
Le reste de la garnison fut disposé sur la plate-forme, afin de tirer à travers les palissades, si le monstre faisait mine de sortir de sa retraite et de se diriger vers le ruisseau.
Quant à moi, je choisis un endroit avancé, d’où je pouvais tout voir sans être vu, et me retirer ü temps pour prendre part à la décharge générale; car j’espérais être plus heureux cette fois que dans notre première attaque.
Avant de m’établir à mon poste, j’eus soin de faire charger toutes les armes à balle, et d’attacher le bétail dans l’ordre convenu. Par malheur, ces dispositions prirent un peu de temps, et ma femme ouvrit la porte un instant trop tôt. A ce moment, le vieux grison fut pris, bien mal à propos, d’une ardeur dont je l’aurais cru incapable depuis longues années. Ranimé par trois jours de repos et de nourriture abondante, il se délivra brusquement de son licol, et, en deux sauts, se trouva au milieu de la cour. Pendant quelques minutes, le spectacle ne fut que plaisant ; mais lorsque Fritz, déjà en selle, voulut ramener le rebelle dans les rangs, celui-ci trouva tant de douceurs dans lï
liberté, qu'il prit le large sans plus de cérémonie, se dirigeant au galop vers l’étang aux oies. Nous commençâmes par l’appeler par son nom; mais Fritz s’étant élancé à sa poursuite, je n’eus que le temps de le rappeler à grands cris ; car, au moment où l’àne arriva dans le voisinage des roseaux, nous aperçûmes avec effroi l’énorme boa se mettre en mouvement. Tandis que notre pauvre fugitif, se croyant à l’abri de toute poursuite, faisait retentir les

