18 LE ROBINSON
les deux jeunes chiens danois, dont la force et la fidélité étaient à toute épreuve. Nous longions lentement les bords du lac, à une certaine distance, contemplant avec une vive cui iosité les troupes de cygnes noirs qui se jouaient à la surface. Franz n’était pas peu impatient de faire son coup d’essai, et de devenir enfin utile à la communauté.
Tout-à-coup nous entendîmes sortir des roseaux une voix mugissante, qui ne ressemblait pas mal au cri d’un âne. Je m’étais arrêté avec étonnement, cherchant d’ofi pouvait venir cette musique, lorsque Franz s’écria : «C’est probablement notre ànon qui nous a suivis jusqu’ici.
Moi. 11 faudrait qu’il eût pris son vol à travers les airs, pour se trouver ainsi devant nous, sans avoir donné signe de son passage. Je crois plutôt que c’est un butor des lacs.
Franz. Qu’est-ce que c’est que le butor, papa? est-ce un oiseau? et comment son cri est-il si éclatant ?
Moi. Le butor est une espèce de héron, dont la chair est aussi maigre et aussi coriace que celle du héron. Son cri lui a fait donner le surnom de bœuf des eaux ou bœuf des étangs. Il ne faut pas oublier que le cri des animaux ne dépend pas de leur grosseur, mais de la conformation de leurs poumons et de leur gosier. Ainsi tu connais le chant bruyant du rossignol et du serin des Canaries, qui ne sont pourtant que de bien petits oiseaux.
Franz. Ah! papa, j’aurais bien du plaisir à tirer un butor. Si sa chair n’est pas bonne à manger, du moins c’est un animal rare, et qui fera honneur à mon premiec coup de fusil.»
Pour céder à son désir, j'appelai les chiens et les lâchai

