SUISSE 109
Ce résultat, si médiocre en apparence, m’avait coûté plus de peine qu’il n’est facile de se l’imaginer; car il avait fallu commencer par faire des moules de bois aussi délicats que mon tour grossier me le permettait. Ces modèles m’avaient servi à former des moules en plâtre, sur lesquels j’avais ensuite appliqué ma pâte. Puis, après avoir laissé quelque temps mes vases sur le séchoir, je les avais exposés à la chaleur du four, dans un cylindre de terre commune. Il avait ensuite fallu laisser refroidir l’appareil plusieurs heures. Quant à la peinture, je m’étais contenté de permettre à Fritz de dessiner sur les assiettes une guirlande de feuilles vertes avec des fruits jaunes et rouges, ce qui nous sembla d’un effet très-agréable à l'œil.
Faute d’une plus grande quantité de terre â porcelaine, dont la saison des (pluies nous empêchait d’aller faire une seconde provision, je déclarai, à la satisfaction générale, que nous allions nous occuper du condor et de l’urubu. Les peaux furent lavées de nouveau à l’eau tiède et recouvertes d’un léger enduit de gomme d’euphorbe, destiné à prévenir l’attaque des insectes. Je pris, pour figurer le corps, plusieurs morceaux du liège qui avait servi à la construction de notre chaloupe; les jambes et les cuisses furent formées de deux bâtons recouverts de coton. Ensuite chaque oiseau fut fixé à sa place au moyen d’une forte tige de laiton. Il nous manquait encore les yeux; mais n’ayant pas oublié mon expérience du malin, j’en
composai deux paires avec le reste de la porcelaine et de l'émail. Moyennant cette importante addition, les deux

