2 GATIENBE.
Il s’éloignait à pas lents. De temps en temps, il regardait en arrière pour voir encore cette ville de Tours où il avait été élevé, cette belle église de Saint-Gatien, dans laquelle sa vie de prêtre s’était écoulée. Quand il fut à quelque distance il regarda encore, et ne vit plus rien. Sentant ses genoux fléchir, il s’arrêta, et des larmes coulèrent de ses yeux. L’homme qu’on enlève à sa patrie , n’est-ce pas un enfant qu’on arrache aux embrassements d’une tendre mère?
Après avoir rappelé à lui son courage d’homme et sa foi de chrétien, il marcha avec assurance pendant plus de quatre heures. Bientôt de nouvelles larmes roulèrent sous ses paupières ; ses yeux se couvrirent, et un soupir souleva sa poitrine : il venait d’apercevoir le clocher du village où il était né. Son père, honnête fermier, avait longtemps habité ce village. De toute sa famille il ne restait plus que lui, pauvre prêtre persécuté, et un frère, beaucoup plus jeune , qui avait pris la ferme de son père, et qui apprenait aux siens à aimer le travail et à pratiquer la religion.
C’était à cette ferme que le prêtre avait résolu de faire la première halte sur la route de l’exil.
Il ne voulait y arriver que de nuit. Tout était suspect alors. Le sentiment le plus naturel, le plus saint, était un crime capital. Si quelqu’un

