30 GATJENNE.

tre moyen de vous sauver. Je vous dois la vie: en vouslarendant, je neferai quacquitter madette.

Quoi ! mon enfant, vous commencez votre carrière, et vous vous jetteriez à ma place dans le précipice qui souvre à la fin de la mienne ! Voyez cette tète chauve , ces joues creuses et ri­dées , voyez ces mains décharnées et tremblan­tes, voyez ce corps voûté et déjà incliné vers le tombeau ! Eh bien ! c'est ce corps, déjà plus dà moitié détruit par la mort, que vous voudriez racheter au prix du vôtre ! Non, non, je ne le souffrirai pas.

Mon père, vous ne me parlez point de votre àme? Cest cette âme compatissante et forte que je voudrais retenir sur la terre. Moi, je ne peux rien, je ne suis rien. Vous ferez beaucoup plus de bien pendant le peu de jours que vous avez à passer ici-bas, que je nen ferais pendant toute la durée de cette longue carrière qui sou­vre devant moi.

Il est vrai que cest làme qui fait le bien, mais elle ne le fait quavec laide du corps. Voilà pourquoi, quand le corps saffaiblit, lâme saf­faiblit aussi dans ses rapports avec la terre. Mon corps ne peut rien désormais, mon àme ne peut rien non plus : il ne lui reste plus quà rentrer dans le sein de Dieu pour puiser de nouveau à la source de la vie.