GATIEIVNE. 39
toi? Oh ! si tu savais ce qu’il m’en a coûté pour prononcer la fatale parole ! Tes reproches, le son de ta voix, tes regards , ton morne silence, crois tu que tout cela ne déchire pas mon cœur? N’en doute point, si j’en suis venu à cette terrible extrémité, c’est que j’ai reconnu qu’il n’y a point pour nous d’autre ressource dans la position où nous nous trouvons. C’est à Paris qu’il faut que nous allions pour cacher notre misère et pour nous procurer quelques ressources. De quoi serons-nous capables avec cette enfaut ? Ce n’est pas tout : pour nous y rendre, il faudra nécessairement faire le chemin à pied. Comment le ferons nous avec ce pauvre petit être exposé à mille besoins, et dont la santé sera à chaque instant compromise? Tu dis, nous mourrons! Eh bien ! oui, nous mourrons. Il est facile à une mère, à un père de mourir pour leur enfant. Mais, si nous mourons, notre fille en mourra-t-elle moins? Ne périra-t-elle pas avant nous? »
La jeune femme pleurait, elle répondit :
« Que devons-nous donc faire ?
— Ce que font les autres malheureux.
Mettre notre enfant à l’hospice.
— Autant la laisser mourir sur l’heure. Quoi! nous jetterions notre pauvre fille avec les enfants du crime ! Son corps peut-être seraitsauvé; mais

