GATIENNE. 45

jeune homme se disait :« Voilà ton image, ô mon âme , tu ne possèdes quune lumière em­pruntée. Et cette lumière, quelle est faible ! quelle est incertaine ! Si la terre te cache le Dieu qui communique quelques rayons de son inépuisable lumière à toute intelligence créée , tu nes plus que ténèbres. Quand se montre ta plus éclatante lumière, il passe continuellement des nuages qui lobscurcissent. »

Il étendait au loin ses regards, et prêtait loreille comme pour recueillir quelque chose de cette harmonie céleste qui nest entendue quedelcàme. « Quelle magnificence ! pensait-il. Quoi ! tout cela est pour lhomme ! Que de gran­deur à un être si petit ! Mon âme est lumière,... oui, mais elle luit au milieu des ténèbres, et les ténèbres la pénètrent de toutes parts. Cest une étincelle du feu divin,... oui, mais elle est cachée sous la cendre, elle se consume intérieure­ment. Pourquoi dailleurs cette lumière, qui ne sert quà me faire connaître toute ma misère? Que ne suis-je cette étoile que je vois suivre avec tant de régularité la route qui lui a été tracée ! Que ne suis-je cette pierre insensible, foulée aux pieds de tous les passants ! O mon Dieu ! pour­quoi cette sensibilité qui me mine? Pourquoi cette liberté dont jabuse et qui méloigne de vous? pourquoi ces attributs divins à la pauvre