68 GATIEMNE
— Il ne faut pas se laisser tromper par les apparences. Il y en a qui disent : Seigneur ! Seigneur ! Ce ne sont pas précisément ceux-là qui sont sauvés. Il y a aussi des peuples qui se donnent le beau nom de chrétiens. Ce ne sont pas toujours ceux-là qui ont en eux le principe de la vie. Il se trouve souvent plus de christianisme dans un peuple appelé infidèle que dans un autre faussement appelé chrétien.
Ce qui nous trompe encore, c’est que, pour porter notre jugement, nous ne considérons qu’une faible partie du temps. Si nous voulons juger les desseins de Dieu sur les peuples dont la vie est quelquefois si longue, il faut nous élever à une certaine hauteur et considérer l’ensemble. Nous voyons une nation injuste triompher, et nous nous disons : Pourquoi ces triomphes? Mais savons-nous s’il ne s’amasse pas des charbons de colère sur cette nation? Laissons arriver le temps de la vengeance, et nous verrons tomber tout à coup la victime couronnée de fleurs. Nous voyons la main de Dieu s’appesantir sur un peuple juste, et nous nous disons : Comment l’a-t-il mérité? mais savons- nous si ce n’est point la punition d’un crime commis depuis longtemps? Savons-nous s’il ne marche pas à des triomphes éclatants par les épreuves difficiles de la vertu?

