92 GATIENNE.
il paraît, celui qui, depuis six mille ans , n’a point encore trompé l’attente des hommes. D’un seul jet il communique à la terre sa lumière et sa chaleur, et la terre semble tressaillir. Mon cœur prend part à l’allégresse universelle. Pourquoi n’en serait il pas ainsi? Quand le ciel sourit à la terre, quand il me sourit, mon cœur doit aussi lui sourire. Et qu’est-ce donc que la joie, si ce n’est le sourire du cœur ?
Voyez ce qui se passe dans la nature quand le printemps commence : le ciel devient plus serein , l’air plus doux. La terre ouvre son sein aux tièdes ondées qui la fécondent. Son tapis de verdure se renouvelle comme par enchantement et se couvre de toutes sortes de fleurs. La sève sort avec abondance, et s’élève, par des canaux imperceptibles, jusqu’au plus haut des arbres, qui se couvrent aussi de verdure et de fleurs. Sur ces arbres sont des oiseaux dont les riches couleurs le disputent à la beauté des fleurs, et dont la voix harmonieuse est le plus bel instrument du concert général de la nature. Les ruisseaux , qui de tous côtés serpentent à la surface de la terre, ajoutent encore à sa beauté et à ses richesses. Tout se remue, tout s’agite : ces êtres débiles qu’elle recèle dans son sein pendant les rigueurs de l’hiver, comme une bonne mère cache dans sou sein l’enfant qui ne résisterait

