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viève ses yeux étincelants et pleins de rage. L’effroi la fit trembler de tous ses membres; mais revenant promptement à elle, elle saisit le bâton placé à ses côtés, et se précipitant vers la bête féroce, elle lui asséna un coup sur la tète de toutes ses forces, afin de sauver le pauvre animal. Le loup, laissant tomber sa proie, roula en bas de la montagne, et se sauva en poussant des hurlements affreux. Geneviève s’étant agenouillée près de la brebis, lui coula un peu de lait dans le gosier, et tâcha de la rappeler à la vie ; mais ses soins furent superflus.
La vue de ce pauvre animal excita dans son ame mille sensations douloureuses. «Innocente brebis, dit-elle, tu viens de ces riantes contrées que j’habitais jadis. Hélas! il y a bien long-temps que je n’ai plus rien vu, ni rien entendu de ces lieux si chers. Oh! si tu vivais encore, avec quel soin je l’aurais nourrie! avec quelle joie l’aurait accueillie mon cher Bénoni! Peut-être as-tu fait partie des troupeaux de mon
époux et des miens!. Mais, oui! continua-t-elle,
oui, il n’est que trop vrai: voilà notre marque, je la reconnais! Oh! situ vivais, si tu comprenais le langage des hommes, que de questions je t’adresserais: mon époux est-il revenu heureusement de la guerre? pense-1-il encore à sa Geneviève? est-il encore irrité contre elle, ou bien a-t-il enfin reconnu son innocence? O Dieu! il vit dans la profusion et dans l’abondance, et moi, moi, je meurs ici de misère et de besoin ! «
Tout-à-coup elle s’arrête: une pensée fait subite-

