57

viève ses yeux étincelants et pleins de rage. Leffroi la fit trembler de tous ses membres; mais revenant promptement à elle, elle saisit le bâton placé à ses côtés, et se précipitant vers la bête féroce, elle lui as­séna un coup sur la tète de toutes ses forces, afin de sauver le pauvre animal. Le loup, laissant tomber sa proie, roula en bas de la montagne, et se sauva en poussant des hurlements affreux. Geneviève sétant agenouillée près de la brebis, lui coula un peu de lait dans le gosier, et tâcha de la rappeler à la vie ; mais ses soins furent superflus.

La vue de ce pauvre animal excita dans son ame mille sensations douloureuses. «Innocente brebis, dit-elle, tu viens de ces riantes contrées que jhabitais jadis. Hélas! il y a bien long-temps que je nai plus rien vu, ni rien entendu de ces lieux si chers. Oh! si tu vivais encore, avec quel soin je laurais nourrie! avec quelle joie laurait accueillie mon cher Bénoni! Peut-être as-tu fait partie des troupeaux de mon

époux et des miens!. Mais, oui! continua-t-elle,

oui, il nest que trop vrai: voilà notre marque, je la reconnais! Oh! situ vivais, si tu comprenais le langage des hommes, que de questions je tadres­serais: mon époux est-il revenu heureusement de la guerre? pense-1-il encore à sa Geneviève? est-il encore irrité contre elle, ou bien a-t-il enfin reconnu son innocence? O Dieu! il vit dans la profusion et dans labondance, et moi, moi, je meurs ici de misère et de besoin ! «

Tout-à-coup elle sarrête: une pensée fait subite-