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donnai des morceaux de peau de requin, que j’avais en soin d’apporter; ils se les attachèrent aux jambes, et je
leur enseignai en même temps à s’aider d’une corde 5 nœud coulant, comme font les nègres de l’Amérique. Le moyen réussit beaucoup mieux que je ne l’avais espéré, et mes petits grimpeurs arrivèrent au sommet des palmiers, où, se servant de la hachette dont ils s’étaient munis, ils nous firent tomber une grêle de belles noix.
Fritz et Jack étaient tout fiers de leur prouesse ; de temps en temps, ils s’approchaient du paresseux Ernest, et lui présentaient une noix ouverte, en lui disant : « Seigneur , daignez vous rafraîchir, après les longues fatigues que vous avez souffertes. » Mais le patient Ernest ne semblait pas s’apercevoir de leurs plaisanteries. Il savourait doucement les noix de coco, paraissant méditer profondément, quand tout-à-coup il se lève, prend une hachette, et vient me demander de lui ouvrir une noix de coco, de manière à en faire une coupe qu’il pourrait suspendre à sa boutonnière. Cette demande nous étonna tous ; mais ce fut bien pis encore quand notre petit bonhomme, s’adressant à moi d’un air plein de gravité, me dit :
« Je veux bien faire violenee à mes molles habitudes, et donner des gages de dévouement et de piété filiale. Je vais monter à mon tour sur l’un de ces arbres, heureux si je puis par là me concilier la bienveillance de mon père et égaler les exploits de mes frères! »
Bravo! lui dis-je, tandis qu’il s’approchait de l’un des plus haut palmiers. Je lui offris le même secours qu’à ses frères, mais il n’accepta que la peau de requin. Je fus

