LE
ROBINSON SUISSE.
CHAPITRE L
Tempête. — Naufrage. — Corsets natatoires. — Bateau de cuves.
La tempête durait depuis six mortels jours, et, le septième, sa violence, au lieu de diminuer, semblait s’augmenter encore. Elle nous avait jetés vers le S. O., si loin de notre route, que personne ne savait où nous nous trouvions. Les passagers, les matelots, les officiers étaient sans courage et sans force, les mats brises étaient tombés par-dessus le bord, le vaisseau désemparé ne manœuvrait plus, et les vagues irritées le poussaient çà et là. Les matelots se répandaient en longues prières et offraient au ciel des vœux ardcns; tout le monde était du reste dans la consternation, et ne s’occupait que des moyens de sauver ses jours.
« Enfans, dis-je à mes quatre fils effrayés et en pleurs, Dieu peut nous empêcher de périr s'il le veut; autrement, soumettons-nous à sa volonté; car nous nous reverrons dans le ciel, où nous ne serons plus jamais séparés. » Cependant ma courageuse femme essuyait une larme, et, plus tranquille que les enfans qui se pressaient autour 1 . 1

