40 LE ROBINSON

Le reste de la matinée sécoula bien vite, et elle fut sui­vie de quelques heures d'une chaleur si violente, quil fallut renoncer à toute occupation. Lorsque la fraîcheur du soir nous eut rendu quelques forces, nous les em­ployâmes à mettre la tente en état de nous recevoir; et le reste de la soirée se passa en préparatifs pour le lende­main , qui était le jour destiné à la mémorable excursion dans la Savane.

Jétais prêt à la pointe du jour. Jemmenai avec moi les trois aînés, parce que je croyais prudent de nentrer en campagne quavec des forces imposantes. La mère de­meura avec Franz à la garde du chariot, des provisions et du bétail ; car nous voulions nous débarrasser de tout ce qui pouvait entraver notre marche.

Après un déjeuner réconfortant, nous prîmes joyeu­sement congé de la garnison, et nous nous trouvâmes bientôt près de lÉcluse, au pied de notre ancien retran­chement. Il était facile de reconnaître au premier coup- docil que cétait cet endroit qui avait servi de passage au boa, aussi bien quà la troupe de pécaris. Les pluies et les orages, les torrens delà montagne, enfin les singes, les buffles et tous les autres habitans de cette contrée incon­nue, semblaient avoir fait alliance pour détruire le premier ouvrage de lhomme sur leur sauvage domaine.

Avant dentrer dans la Savane, nous fîmes halte pour contempler limmense plaine qui se déroulait devant nos regards. A gauche, au-delà du fleuve, sélevaient de nom­breuses montagnes couvertes de magnifiques forêts de c palmiers; à droite, des rochers menaçans qui semblaient