GATIENNE. 23
auriez à endurer ne me permettait pas de rester en paix. J’ai pensé que votre vieillesse aurait besoin de secours nombreux, et j’ai pris la résolution de vous rejoindre. Je n’ai calculé ni les dangers, ni les difficultés de mon entreprise: la reconnaissance m’appelait, et je me suis dévouée. Celui qui, pendant la tempête , se jette dans la mer pour sauver un autre lui-même, pense-t-il à la profondeur du gouffre ? s’occupe- t-il des vêtements dont il couvre son corps?
— Comment avez-vous donc pu arriver jusqu’à moi?
— Je savais que votre intention était d’aller à Nantes pour vous rendre à la mer. Je pris le peu d’argent que j’avais à ma disposition, et je partis.
« Je fus quatre jours à faire la route de Tours à Saumur. Jesavais que je ne pouvais trop épargner mon argent, j’allais demandant l’aumône ; quand le soir arrivait, je me retirais un peu sur la campagne, et je passais la nuit, tantôt dans une ferme, tantôt dans une masure abandonnée. Une fois, après avoir frappé en vain à plusieurs portes, je fus obligée de passer la nuit au coin d’un bois. Comment ai-je pu surmonter la crainte si naturelle à mon âge? comment ne m’est-il arrivé aucun accident? Dieu, qui semble prendre un soin plus particulier de

