GATIENNE. 59
non pas qu’elle fût insensible aux souffrances du pauvre , mais parce qu’elle craignait que sou vieux maître, en subvenant aux besoins d’un trop grand nombre de malheureux, ne tombât lui-même dans la misère. Le bon prêtre lui laissait volontiers la direction du ménage ; cependant, quand il s’agissait des devoirs que lui dictait sa conscience , aucune considération ne pouvait l’arrêter.
Notre petite orpheline fut appelée Gatienne, du nom de l’église dans laquelle on l’avait exposée. Ce qu’avait pensé le prêtre arriva : une pieuse veuve s’en occupa et la plaça à quelques lieues delà ville, chez une nourrice vertueuse. La servante, qui d’abord aurait voulu l’écarter, l’avait prise en affection. Elle la visitait souvent, et lui portait une partie de ce qui restait de la table de son maître. Dès que les soins d’une nourrice lui devinrent inutiles, la petite Gatienne fut retirée et définitivement adoptée par la veuve charitable, qni aidait ordinairement le prêtre dans ses bonnes œuvres.
Quand elle fut devenue grande, elle se rendait plusieurs fois la semaine auprès de sou protecteur, qui lui enseignait la religion et l’employait déjà comme auxiliaire dans l’exercice de sa charité. Elle était douée de beaucoup d’intelligence, et avait de grandes dispositions à

