80 GATIENNE.
« Mc rendrez-vous ceux que j’ai perdus?... » A quelques pas de là, je fis remarquer une jeune personne à peu près de mon âge. Comme moi, elle était orpheline. Je m’intéressais beaucoup à son sort. Elle était douce, patiente.... Hélas ! combien feraient aujourd’hui l’ornement de la société, qui périssent misérablement dans ces prisons !
«Et vous, lui dit-on, depuis combien de temps avez-vous été arrêtée?
— Il y a plus d’un mois.
— Pour quel motif ?
— J’étais bien jeune encore, et j'avais déjà perdu mon père. J’en ressentis une vive douleur. Cependant je compris que j’avais encore de grandes actions de grâces à rendre à la divine Providence, car il me restait une excellente mère, uniquement occupée du bonheur de sa fille. Plusieurs années s’étaient écoulées. Un soir ma mère ne m’avait entretenue que du souvenir de mon père. La tristesse était revenue dans le cœur de l’une et de l’autre, et je ne sais quel pressentiment d’un grand malheur ajoutait encore à notre douleur. Des hommes entrent subitement, et, se disant les ministres d’une autorité souveraine , ils m’enlèvent ma mère. Je me place sur leur passage, j'essaie de m’opposer à sou éloignement, et ils me repoussent. Je veux

