Je pris ce monde en dégoût, et je voulus me laisser mourir; mais la pensée de Dieu me retint sur le bord du tombeau. Je me déterminai du moins à passer dans le deuil les jours quil plai­rait à la divine Providence de me laisser encore. Je pris une robe noire, et je fis vœu de porter toujours cette couleur, symbole de la tristesse. Je vivais séparée du reste des hommes; je ga­gnais par mon travaille peu quil me fallait pour nourrir ma douleur. J e croyais vivre ignorée sur la terre, quand il vint un ordre de marrêter comme suspecte pour avoir osé porter le deuil des ennemis de la patrie. Ainsi on me faisait un crime des sentiments les plus naturels. Je ne réclamai point cependant ; je me réjouissais même intérieurement de ce que Dieu voulait bien me réunir à ceux que javais tant aimés et que jaimais encore. De la prison à léchafaud le trajet est court, me disais-je, et bientôt je les reverrai. Dieu na point encore exaucé mes vœux : il y a plus dun mois que jattends la mort. »

Ce récit avait touché tous les cœurs. « Espé­rez , lui répondit-on, espérez, et bientôt vous serez rendue à la liberté. » Nous nous éloignâ­mes ; et, tandis que nous nous approchions des autres prisonniers, la même voix qui venait de nous émouvoir nous poursuivait de ces mo ts :

GATIENNE. 79