GATIEHNE. 103

sur cette voie sanglante quil avait encombrée de tant de victimes. Arrivé au pied de lécha­faud, son courage se dément tout à coup : il sat­tendrit , il gémit. Comment cette âme de bronze fut-elle donc amollie? Par une pensée : le sou­venir de celle à qui il associa son sort soffre en ce moment à son esprit: « O ma bien-aimée! sécrie-t-il, ôma femme !... je ne te verrai donc plus. » Celui qui avait dit sans pâlir : <r Ma de­meure sera bientôt le néant ! » ne peut pronon­cer ces douces paroles sans pleurer comme un enfant; et, pour monter sans faiblesse sur lé­chafaud , il a besoin déloigner limage qui vient de le frapper.

Au milieu de cet universel bouleversement de la société française, de grands exemples de courage nont-ils pas été donnés par des jeunes filles, naturellement faibles et timides, dont le nom est désormais immortel ?

Cétait pendant les épouvantables massa­cres de septembre. Après trente heures de car­nage , le jugement de Cazotte fut rendu. Alors lexécution suivait de près le jugement. Déjà le fer est levé : sa fille sélance au cou du vieil­lard , et, présentant avec intrépidité sa poitrine aux assassins : « Vous narriverez à mon père , sécrie-t-elle, quaprès mavoir percé le cœur.» Le fer reste suspendu au-dessus de cette égide