GATIERNE. 191
jeta les yeux de tous côtés, et il vit à travers de grosses barres de fer de pâles visages tournés vers lui. Quelques-uns paraissaient manifester hautement leur indignation ; plusieurs s’entretenaient à voix basse ; la plupart gardaient le silence; mais tous semblaient se dire, chacun dans son langage : « Demain peut-être arrivera mon tour. »
Que la prison est un affreux séjour ! l’air y est plus sombre que partout ailleurs , à cause de la hauteur des murs , de ce treillis de fer qui intercepte toutes les issues, et à cause aussi de ce voile épais que la terreur répand même sur les objets les plus riants. Là votre oreille s’imagine entendre je ne sais quel lugubre concert de gémissements, de cris de rage, de chaînes agitées.
A la vue de tant de malheureux qui gémissaient autour de lui, le prêtre abaissa à terre ses regards attristés ; il les éleva ensuite vers le ciel, et au moment même la sérénité reparut sur son visage. Il s’était dit sans doute : C’est de là seulement que je dois attendre mes consolations et ma force !
Il entra dans la salle, où régnait une sourde agitation. Quand il parut devant le tribunal, le silence se rétablit de tous côtés. Les regards s’étaient portés sur ce vieillard : ses cheveux blancs,

