SUISSE. 9
gence, prudent et réfléchissant sur tout; enfin dans la huitième, moi leur père, je dirigeai le frêle esquif à l’aide d’un gouvernail. Chacun de nous avait une rame à la main, et devant soi un corset natatoire dont il devait faire usage en cas d’accident.
La marée avait atteint la moitié de sa hauteur quand nous quittâmes le navire, mais elle nous fut plus utile que défavorable. Quand les chiens nous virent quitter le bâtiment, ils se jetèrent â la nage pour nous suivre, car nous n’avions pu les prendre avec nous à cause de leur grosseur : Turc était un dogue anglais de première force, et Bill une chienne danoise de grandeur égale. Je craignis d’abord que le trajet ne fût trop long pour eux ; mais, en leur laissant appuyer leurs pattes sur les balanciers destinés à maintenir le bateau en équilibre, ils firent si bien qu’ils touchèrent la terre avant nous.
Notre voyage fut heureux, et nous arrivâmes bientôt â portée de voir la terre. Son premier aspect était peu attrayant; les rochers escarpés et nus qui bordaient la rive nous présageaient la misère et le besoin; la mer était calme et se brisait paisiblement le long de la côte; le ciel était pur et brûlant ; autour de nous flottaient des poutres, des cages venant du navire. Fritz me demanda la permission de saisir quelques-uns de ces débris; il arrêta deux tonnes qui flottaient près de lui, et nous les attachâmes à notre arrière.
A mesure que nous approchions, la côte perdait son aspect sauvage; les yeux de faucon de Fritz y découvraient même des arbres qu’il assura être des palmiers.

