178 LE ROBINSON

Jack. Des sauvageons? Ne vas-tu pas nous faire croire qu'il y a des arbres sauvages comme des buffles sauvages, et qu'il en existe dautres dont les branches se courbent complaisamment pour nous laisser cueillir leurs fruits, comme un animal domestique obéit à la voix de son maître ?

Ernest. Tu as voulu faire de lesprit, et, mon pau­vre Jack, tu nas trouvé quune sottise. Sans doute il ny a pas darbres dont les branches se courbent à la voix de lhomme ; mais crois-tu que tout obéit de la même manière? Alors mon père devrait, quand tu es désobéissant, le pas­ser une corde dans le nez comme il a fait au buffle.

Moi. Sans doute, il est des arbres sauvages et dau­tres qui ne ie sont pas; arbres que lon soumet à un genre éducation qui leur est propre, et qui a pour but de modi­fier la nature de leurs produits. Approchez, regardez cette branche; il vous est aisé de voir qu'elle a été insérée dans celle-ci ; la sève de cette branche sest répandue dans lar­bre entier et le sauvageon est devenu un bel et bon arbre. Ernest. Cest ce quon appelle enter ou greffer.

Moi. Oui, cest bien cela, mais ces deux manières su­bissent des modifications suivant la nature de larbre au­quel on les applique. Ainsi on ente en écusson ou en œillet, les uns avec un bouton non enveloppé, les autres avec une branche ; mais souvenez-vous que, dans ces associations de divers produits de la nature, il faut toujours observer cette règle générale : que les contraires ne sallient point, et que les arbres que lon marie doivent être de la même nature. Ainsi, ou ne greffera point des pommes sur un cerisier,